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Canadian Journal of Anesthesia 48:R2 (2001)
© Canadian Anesthesiologists' Society, 2001


Refresher Courses - Saturday June 9

Noninvasive ventilation in the ICU / La ventilation non invasive aux soins intensifs

Martin R. Lessard, MD FRCPC

From the Department of Anesthesia, Université Laval and the Department of Anesthesia and Critical Care, Centre hospitalier affilié universitaire de Québec, (Hôpital de l'Enfant-Jésus), Quebec, Quebec, Canada.

Address correspondence to: Dr. Martin Lessard, Hopital l'Enfant-Jesus, 1401 18ième rue, Quebec (Quebec) G1J 1Z4 Canada. Phone: 418-649-5807; Fax: 418-649-5918; E-mail: mrlessard{at}videotron.ca

LA ventilation non invasive (VNI) s'est d'abord développée comme alternative à la trachéotomie définitive dans le traitement de l'insuffisance respiratoire chronique. Cette technique a par la suite été appliquée au traitement de l'insuffisance respiratoire aiguë, principalement chez les patients admis à l'unité de soins intensifs en décompensation aiguë d'une maladie pulmonaire obstructive chronique (MPOC).1,2 Suite aux premiers résultats impressionnant de la VNI, son usage s'est répandu et la VNI a été tentée dans le traitement de l'insuffisance respiratoire aiguë de diverses causes. Malgré tout, la VNI est encore méconnue et parfois sous utilisée. Une certaine confusion existe en raison du fait que la VNI est souvent appelée "bilevel positive airway pressure" (BiPAP), ce qui entretient un certain mystère en laissant supposer que la VNI est un mode de ventilation nouveau et différent. En réalité, la VNI utilise les mêmes modes que la ventilation conventionnelle et ce n'est qu'une nouvelle façon d'appliquer le support ventilatoire. La différence majeure est l'interface entre le patient et le respirateur où le tube endotrachéal est remplacé par un masque facial ou nasal, mais il est important de connaître certaines autres particularités de la VNI.

Avantages, indications et contre-indications de la ventilation non invasive

Traditionnellement la prise en charge de l'insuffisance respiratoire aiguë implique l'intubation endotrachéale et la ventilation à pression positive. Toutefois, plusieurs complications sont associées soit au geste d'intubation lui-même, soit à la présence du tube dans les voies respiratoires.3 Ce dernier est un facteur de risque majeur pour les infections nosocomiales, lesquelles sont associées à une morbidité et une mortalité importantes chez les patients de soins intensifs.4,5 L'objectif de la VNI est de fournir un support ventilatoire au patient en insuffisance respiratoire aiguë, sans avoir à recourir à l'intubation endotrachéale. Effectivement, plusieurs études ont confirmé que la VNI permet d'éviter l'intubation endotrachéale dans plusieurs situations.614 Les complications associées à l'intubation endotrachéale et à la ventilation conventionnelle sont donc réduites de façon très importante. En comparaison avec l'intubation endotrachéale, la VNI est associée à une diminution du nombre de complications infectieuses en général et particulièrement des complications infectieuses reliées au tube endotrachéal (sinusites et pneumonies nosocomiales).7,1417 La VNI offre également d'autres avantages tels un meilleur confort et une communication plus facile pour le patient, une réduction des besoins de sédation et l'absence de dommages laryngés et trachéaux associés à l'intubation endotrachéale et à la trachéotomie. Enfin, une réduction de la durée de ventilation, de la durée de séjour aux soins intensifs et de la mortalité a été rapportée dans certaines pathologies.6,7,10,12,14 Toutefois, l'efficacité de la VNI est dépendante en grande partie de la cause de la défaillance respiratoire.9

Insuffisance respiratoire hypercapnique
Chez le patient atteint d'une MPOC, une exacerbation aiguë de sa maladie peut conduire à une défaillance de la pompe respiratoire résultant en une hypoventilation et une acidose respiratoire. Chez ces patients, la ventilation conventionnelle est associée à de nombreuses complications et à un sevrage particulièrement long et difficile. La décompensation aiguë d'une MPOC est probablement l'indication par excellence de la VNI. Dans l'étude multicentrique de Brochard et al., les patients randomisés au groupe de VNI avaient un taux d'intubation et une mortalité nettement diminués en comparaison des patients du groupe de traitement standard (intubation 26 vs 74%, mortalité 9 vs 29%).7 Ces résultats ont été confirmés par plusieurs autres études prospectives et randomisées.6,8,10,12 Néanmoins, pas plus que la ventilation conventionnelle, la VNI n'est pas un traitement étiologique de l'insuffisance respiratoire. Elle permet plutôt d'assister la respiration défaillante du patient MPOC et d'éviter qu'il ne progresse vers un état d'épuisement respiratoire rendant nécessaire l‘intubation et la ventilation conventionnelle. Par conséquent, la VNI devrait être débutée précocement, avant que le patient ne rencontre les critères habituels d'intubation et de ventilation mécanique.

Insuffisance respiratoire hypoxémique
Diverses pathologies peuvent conduire à un état d'hypoxémie rendant nécessaire un support ventilatoire. Certaines ont habituellement une évolution assez rapide (oedème pulmonaire cardiogénique, pneumonie, atélectasie) et la VNI peut alors être une alternative permettant d'améliorer l'oxygénation des patients et d'éviter l'intubation.2,8,11,13,14,17,18 Les complications respiratoires à la suite d'interventions chirurgicales abdominales ou thoraciques, ou d'un traumatisme thoracique fermé sont probablement d'autres situations cliniques où la VNI peut être efficace bien que sa supériorité sur la ventilation spontanée en pression positive continue ("continuous positive airway pressure", CPAP) n'ait pas encore été démontrée.17,19 En comparaison avec la ventilation conventionnelle, la VNI est associée à une réduction du nombre de complications infectieuses, de la durée d'assistance ventilatoire et de la durée de séjour aux soins intensifs.11,14,17 Cependant, contrairement à l'insuffisance respiratoire hypercapnique, la plupart des études n'ont pas observé de réduction de la mortalité.

Des résultats positifs de la VNI ont aussi été rapportés dans plusieurs autres situations (Tableau IGo): status asthmaticus, maladies neuromusculaires, syndrome de détresse respiratoire aiguë, traumatisme de la moelle cervicale, sevrage de la ventilation.2,9,1723 La VNI peut également être une alternative chez les patients pour lesquels il est jugé préférable d'éviter l'intubation endotrachéale (patient immunosupprimé, greffé de moelle, patient débilité) ou ceux qui refusent l'intubation.14,24


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TABLEAU I Indications de la ventilation non invasive
 
Il est important de noter qu'un avantage majeur de la VNI est que, en cas d'échec de la VNI et d'aggravation de l'état du patient, il demeure toujours possible de procéder à une intubation et à la ventilation conventionnelle. Dans de nombreux cas, la VNI mérite donc d'être tentée avant de procéder à l'intubation. Ceci est d'autant plus vrai qu'il ne semble pas y avoir de risque à retarder l'intubation afin de faire un essai de VNI. En effet, l'évolution des patients intubés après un échec de la VNI est comparable à celle des patients qui ont été intubés d'emblée.7,16,18

Contre-indications à la ventilation non invasive (Tableau IIGo)
La VNI n'est habituellement pas indiquée dans les situations où le patient présente une indication d'intubation immédiate tel un état d'hypoxémie sévère ou d'asphyxie, un patient à risque d'arrêt respiratoire imminent, un état d'instabilité hémodynamique sévère, ou une altération significative de l'état de conscience. Par ailleurs, la VNI n'offre aucune protection des voies aériennes et est donc contre-indiquée chez les patients à risque d'inhalation du contenu gastrique. Donc, la VNI n'est pas indiquée lorsque l'indication de l'assistance ventilatoire est d'origine neurologique (traumatisme cranio-cérébral, hémorragie cérébrale, intoxication médicamenteuse, etc.). Finalement, l'absence de collaboration du patient rend souvent impossible la VNI.


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TABLEAU II Contre-indications à la ventilation non invasive
 
Mise en route de la ventilation non invasive

L'indication doit être posée rapidement et la VNI doit être débutée précocement afin d'espérer des résultats positifs. Lorsque la VNI est retardée jusqu'au moment où le patient présente des critères d'intubation, le taux de succès de la VNI est beaucoup plus faible.

Choix du masque
L'interface entre le respirateur et le patient est la principale distinction entre la VNI et la ventilation conventionnelle et est un déterminant majeur du succès de la VNI. Plusieurs types d'interfaces existent sur le marché (FigureGo). Le masque idéal devrait être léger et transparent, offrir un faible espace mort et être doté d'un coussinet permettant un ajustement à la fois étanche et confortable. De bons résultats ont été publiés autant avec le masque nasal que le masque facial.6,7 Le masque nasal est plus confortable et habituellement mieux toléré par le patient. De plus, il permet au patient de communiquer plus facilement et offre moins de risques en cas de vomissement. Cependant, il nécessite une très bonne collaboration du patient qui doit garder la bouche fermée pour que la VNI soit efficace.25 Le masque facial recouvre la bouche et le nez et est préférable pour les patients en insuffisance respiratoire sévère qui respirent habituellement par la bouche. Celui-ci demande donc moins de collaboration de la part du patient et permet probablement une meilleure efficacité de la ventilation malgré un espace mort un peu plus important.26 Par contre l'ajustement à la fois confortable et étanche du masque facial peut être problématique, particulièrement chez le patient édenté ou barbu.18 En présence de fuites excessives, le support ventilatoire peut devenir inefficace ou même nuisible.27 À l'inverse, un ajustement trop serré du masque le rendra intolérable pour le patient. Chez le patient édenté, il est parfois plus facile d'ajuster le masque en laissant en place les prothèses dentaires. Finalement, on doit s'assurer que le patient puisse retirer son masque lui-même en cas de vomissements.



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FIGURE Masques de ventilation non invasive

A) masque facial à utiliser avec un respirateur de soins intensifs et un circuit respiratoire complet; B) masque facial avec valve expiratoire conçu pour un respirateur dédié à la VNI, C) masque nasal.

 
Choix du respirateur
Le choix du respirateur n'est pas un élément majeur dans le succès de la VNI qui peut se faire soit avec un respirateur conventionnel de soins intensifs, soit avec un appareil dédié à la VNI. Le respirateur de soins intensifs permet un contrôle précis de la FIO2 et offre de multiples fonctions de monitorage et d'alarmes. Comme ces respirateurs utilisent des circuits respiratoires complets (inspiratoire et expiratoire), la VNI ne peut se faire qu'avec un masque facial. De plus, la plupart de ces respirateurs ne sont pas conçus pour tolérer une fuite (fréquente en VNI), et le passage de la phase inspiratoire à la phase expiratoire peut parfois être problématique.27 Ce problème peut être limité avec certains respirateurs de dernière génération qui offrent un critère variable et ajustable de fin d'inspiration. Pour leur part, les respirateurs dédiés à la VNI sont souvent plus petits, portables et moins onéreux, mais plus limités en alarmes et en fonctions de monitorage. Ils ne possèdent qu'un circuit inspiratoire et sont conçus pour tolérer une fuite. Ils permettent donc l'emploi d'un masque facial ou d'un masque nasal. La FIO2 est habituellement augmentée en ajoutant une source externe d'oxygène dans le circuit inspiratoire. En pratique, plusieurs respirateurs dédiés à la VNI sont aussi performants que les respirateurs de soins intensifs.28,29

Paramètres et programme de ventilation
Tel que déjà mentionné, la VNI n'est pas un mode de ventilation nouveau ou particulier. Le terme "bilevel positive airway pressure" (BiPAP) est fréquemment employé pour décrire le mode de ventilation employé en VNI, créant ainsi une certaine confusion. En réalité, le BiPAP n'est qu'un mode d'aide inspiratoire (AI) auquel peut être associée une pression télé-expiratoire positive (PEEP). La pression maximale de ventilation et le PEEP sont appelés respectivement "inspiratory positive airway pressure" (IPAP) et "expiratory positive airway pressure" (EPAP), et le niveau d'AI correspond à la différence entre le IPAP et le EPAP. Plusieurs autres modes de ventilation ont été utilisés en VNI (ventilation assistée contrôlée volumétrique, ventilation à pression contrôlée, assistance proportionnelle). L'AI offre cependant des avantages et est le plus couramment utilisé.30 L'efficacité de l'AI pour supporter la mécanique respiratoire défaillante a été bien démontrée.1,31 L'AI fournit une assistance ventilatoire efficace, tout en étant facile d'adaptation et confortable pour le patient.30,32 De plus, l'AI permet la ventilation avec de plus faibles pressions en comparaison avec la ventilation assistée contrôlée, limitant ainsi les problèmes de fuites et d'aérophagie. La VNI est habituellement débutée avec une AI de 10 cm H2O et est ensuite augmentée par paliers successifs de 5 cm H2O. L'objectif est d'obtenir une respiration confortable avec des paramètres respiratoires près de la normale, soit un volume courant de 7 ml•kg–1 et une fréquence respiratoire inférieure à 25 resp/min. Ceci est habituellement atteint avec une AI ne dépassant pas 20 cm H2O. La FIO2 est titrée afin d'obtenir une saturation artérielle supérieure à 90%. Après avoir optimisé le niveau d'AI, un PEEP de 3 à 10 cm H2O peut être ajouté si un problème d'hypoxémie importante persiste ou chez le MPOC avec hyperinflation dynamique.33 Toutefois, l'ajout de PEEP doit se faire avec prudence puisqu'il aura comme conséquence d'augmenter la pression maximale de ventilation. Une pression de ventilation dépassant 25 cm H2O est rarement tolérée par le patient en raison d'un niveau de fuite élevé, d'un ajustement trop serré du masque, ou de problème d'aérophagie.

Habituellement, la VNI est poursuivie sans interruption jusqu'à la stabilisation de l'état du patient. Par la suite, la VNI peut être appliquée de façon intermittente. Des périodes de ventilation de quelques heures (deux à six heures) sont entrecoupées de périodes d'arrêt de 15 à 60 min pendant lesquelles un supplément d'oxygène est administré par lunettes nasales ou par masque. L'administration continue de la VNI peut devenir très inconfortable et même intolérable pour le patient risquant de conduire à un échec de la VNI. Lorsqu'elle est appliquée de façon intermittente, la VNI est souvent mieux acceptée par le patient qui la tolérera sur une période totale plus longue, augmentant ainsi les chances de succès, c'est-à-dire éviter l'intubation endotrachéale.

Surveillance et monitorage du patient sous ventilation non invasive
Bien que la VNI puisse être débutée précocement à la salle d'urgence ou à la salle de réveil, le patient devrait être admis rapidement à l'unité de soins intensifs ou de soins intermédiaires. En raison du risque d'échec de la VNI et du risque d'aggravation rendant nécessaire l'intubation, une surveillance clinique étroite, un monitorage cardiaque, une saturométrie continue et une surveillance des gaz sanguins sont essentiels. Les premières heures de VNI sont critiques et très exigeantes. Une présence presque continuelle de l'inhalothérapeute, de l'infirmière ou du médecin au chevet du patient est nécessaire afin de lui fournir des explications, de le réassurer, de réajuster le masque et d'optimiser la VNI. À ses début, la VNI a été beaucoup critiquée en regard d'une augmentation importante de la charge de travail pour l'inhalothérapeute et l'infirmière.34 S'il est vrai que le démarrage de la VNI est très exigeant pour les premières 30 à 60 min, dès que le patient est réassuré et stabilisé, la charge de travail associée à la VNI n'est pas différente de celle d'un patient intubé et même parfois moindre.6,8,11,18,35 De plus, les coûts de traitement sont diminués en comparaison au traitement conventionnel.36

Le monitorage principal de la VNI demeure la surveillance clinique du patient et les signes d'efficacité de la VNI peuvent être perçus assez rapidement.1,2,6 Autant les signes subjectifs (dyspnée, confort) que les signes objectifs (utilisation des muscles accessoires de la respiration, fréquence respiratoire, signes vitaux) sont utiles pour juger du succès ou de l'échec de la VNI. Dans les cas les plus sévères, une mesure des gaz sanguins (artériel ou capillaire) doit être faite une heure après le début de la VNI et répétée par la suite à un intervalle de six à 12 heures selon l'évolution. Une amélioration des gaz sanguins dans la première heure après le début de la VNI est également un bon indice de succès. Toutefois, bien que la correction de l'hypoxémie soit rapide, l'amélioration de l'hypercapnie et de l'acidose est parfois beaucoup plus lente et un simple arrêt de la détérioration peut aussi être un signe d'efficacité de la VNI.7 À l'opposé, une intolérance au masque, une aggravation de l'état respiratoire ou des échanges gazeux, une instabilité hémodynamique, l'apparition de troubles du rythme cardiaque ou une détérioration de l'état de conscience sont des signes d'échec de la VNI et une indication d'intubation endotrachéale.

Sevrage de la ventilation non invasive
Lorsque l'évolution du patient le permet, le sevrage de la VNI peut se faire soit en diminuant progressivement le niveau d'AI, soit, plus souvent, en réduisant la durée des périodes de ventilation et en augmentant proportionnellement les périodes de repos. Un avantage important de la VNI est la facilité avec laquelle la ventilation peut être réintroduite en cas d'échec du sevrage. L'inexistence des risques associés à l'extubation et à la ré-intubation en cas d'échec est probablement un facteur important contribuant à une durée de ventilation réduite comparativement à la ventilation conventionnelle.

Problèmes et complications reliés à la ventilation non invasive

Les fuites sont un problème très fréquent en VNI et peuvent avoir plusieurs conséquences. Premièrement, le support ventilatoire peut être inefficace et même nuisible. Deuxièmement, les fuites peuvent conduire à faire un ajustement trop serré du masque, le rendant inconfortable et risquant de causer des plaies. Finalement, des fuites importantes peuvent nuire au passage de la phase inspiratoire à la phase expiratoire et causer une mauvaise synchronisation entre le patient et le respirateur.27 La collaboration du patient, essentielle au succès de la VNI, peut parfois être problématique. Par ailleurs, étant donné que la VNI exige aussi un état de conscience normal du patient, toute sédation autre qu'une faible dose d'anxiolytique est contre-indiquée. Les explications données au patient et la réassurance sont souvent beaucoup plus efficaces. Fréquemment, un patient d'abord peu collaborateur deviendra beaucoup plus compliant en constatant une amélioration de son état.

Un certain nombre de complications et de risques sont associés à la VNI. Les plus fréquentes sont les plaies faciales qui surviennent chez près de 20% des patients.18,30 Elles sont causées par un mauvais ajustement (souvent trop serré) du masque et se retrouvent le plus souvent à la racine du nez. La fréquence et la sévérité des plaies faciales peuvent être diminuées par l'application d'un pansement de type Duoderm® aux points de pression. Les respirateurs utilisent des gaz secs qui peuvent occasionner un assèchement des muqueuses nasales et oro-pharyngées. Ceci peut être prévenu par l'ajout dans le circuit inspiratoire d'un humidificateur (qu'il n'est cependant pas nécessaire de chauffer), ou par un filtre échangeur de chaleur et d'humidité lorsqu'un respirateur de soins intensifs est utilisé. L'aérophagie et la distension gastrique sont peu fréquentes si les pressions de ventilation sont maintenues inférieures à 25 cm H2O et ne justifient pas l'usage de routine d'un tube naso-gastrique qui, par ailleurs, peut compliquer l'ajustement du masque. La VNI n'assure aucun accès direct aux voies aériennes du patient. Le drainage des sécrétions bronchiques dépend donc de la capacité du patient à expectorer. De même, la VNI n'offre aucune protection des voies aériennes contre l'inhalation du contenu gastrique. L'usage d'un masque nasal est donc plus sécuritaire chez le patient qui serait incapable de retirer lui-même son masque facial en cas de vomissements. Finalement, des épisodes de ventilation inefficace et d'hypoxémie peuvent survenir en raison d'un masque déplacé, de fuites excessives ou d'une mauvaise adaptation du patient à la VNI, ce qui renforce l'indication d'une surveillance étroite.

Conclusion

La ventilation non invasive est probablement un des progrès majeurs des dix dernières années dans le traitement de l'insuffisance respiratoire aiguë aux soins intensifs. Son efficacité a été démontrée dans plusieurs indications. Dans l'insuffisance respiratoire aiguë hypercapnique, la VNI devrait constituer le traitement de premier choix. En évitant l'intubation endotrachéale, la VNI permet de réduire de façon importante la morbidité infectieuse et non infectieuse associée à la ventilation mécanique, de même que la mortalité dans certains groupes de patients. Comme il demeure toujours possible d'intuber le patient en cas d'échec, la VNI peut être tentée dans plusieurs situations cliniques. Finalement, les succès de la VNI dépendent de l'intérêt et de l'expérience de l'équipe soignante.

Acknowledgments

L'auteur remercie le Docteur Gilles Chiniara pour la réalisation numérique de la Figure, et Martine Laforest inh. et Lyne Arsenault inh. pour la révision du manuscrit.

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