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Editorial |
Du Service dAnesthésie-Réanimation Chirurgicale, C.H.U. Hôpital Central, Nancy, France.
Adresser la correspondance à: Pr Marie-Claire Laxenaire, Service dAnesthésie-Réanimation Chirurgicale, C.H.U. Hôpital Central, Case officielle no 34, 29, Avenue du Maréchal de Lattre de Tassigny, 54035 Nancy Cedex, France: Téléphone: 33-03-83-85-14-03; Télécopieur: 33-03-83-85-85-59; Courriel: mc.laxenaire{at}chu-nancy.fr
| Le risque allergique des curares |
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La réalité de lallergie aux curares nest plus contestée actuellement.3 Si dans les années 1970 on considérait que les réactions anaphylactoïdes aux curares étaient expliquées par leur effet pharmacologique et pouvaient être prévenues par des antihistaminiques,46 on sest vite aperçu, en pratiquant des investigations allergologiques chez les patients, que la majorité de ces réactions étaient immunologiques, médiées par des IgE spécifiques et quil nexistait aucune prémédication efficace.711
À dater de 1980, la France, comme lAustralie, la Nouvelle Zélande et le Royaume Uni, a développé une intense politique dinvestigations allergologiques systématiques chez les patients ayant fait une réaction anaphylactoïde peranesthésique. Il a été créé un réseau national français de centres diagnostiques dallergo-anesthésie, intitulé GERAP («Groupe dÉtudes des Réactions Anaphylactoïdes Peranesthésiques»), qui travaille de manière coordonnée et suivant la même méthodologie.12 Les données sont rassemblées et publiées tous les deux ans,1318 ce qui permet de suivre lévolution du risque au fil des années. Depuis 20 ans, environ 9 000 patients ont été testés par le GERAP. Lorigine immunologique, IgE dépendante, des réactions a été trouvée chez la moitié de ces patients (4 313 cas), lagent responsable étant avant tout un curare (2 944 cas). Dans chacune des six enquêtes du GERAP, la part de responsabilité des curares dans les chocs anaphylactiques est toujours dominante, supérieure à 60 %, sans commune mesure avec les hypnotiques (5 %) ou les morphiniques (3 %).16
En Australie, la base de données provient du seul centre diagnostique de Fisher et Baldo,19 et concerne des patients venant dAustralie et de Nouvelle Zélande. Les données sont aussi régulièrement publiées mais sous forme cumulée depuis 1974.20 Ainsi entre 1974 et 2001, 1 580 patients ont été testés et 750 anaphylaxies ont été diagnostiquées, dues à un curare pour 59 % dentre elles (n = 441); (transmission personnelle de M. Fisher, non publiée). La part de lanaphylaxie aux curares est donc identique en Australie et en France.
Au Royaume Uni entre 1973 et 1992, il avait été recensé environ 1 000 patients dans la structure de recueil centralisée à Sheffield (J. Watkins).21,22 Cette structure reçoit les prélèvements sanguins effectués en cours daccident par les anesthésiologistes. Les résultats des dosages sont analysés à la lumière des dossiers cliniques sans que les patients naient bénéficié de tests cutanés danaphylaxie. Cette différence dapproche diagnostique rend hasardeuse la comparaison avec les données françaises et australiennes, dautant que depuis 1992, en labsence de coordination, les résultats ne sont plus publiés.23
Ainsi, les connaissances dans le domaine de lanaphylaxie en anesthésie reposent avant tout sur les données collectées par les centres diagnostiques français et australien. Il est évident que lorsque ces structures nexistent pas ou quil ny a pas de coordination, il ny a pas de publications sur le sujet, à lexception de cas cliniques isolés ou de petites séries ponctuelles. Cela ne veut évidemment pas dire que le risque allergique nexiste que dans les pays qui ont mis en place ces réseaux de surveillance. On ne trouve que ce quon recherche et il faut donner aux anesthésiologistes les moyens de faire tester leurs patients aisément et de manière fiable.
Lincidence de lanaphylaxie aux curares ne peut être évaluée quà partir du nombre de cas danaphylaxie documentés sur le plan allergologique, rapportés au nombre de patients ayant reçu des curares pendant la même période. Un grand collectif de patients est nécessaire étant donné la rareté de cette complication. Ce calcul dincidence a été fait en France avec les données de 1996,16 année durant laquelle la Société Française dAnesthésie-Réanimation a réalisé une enquête nationale sur les pratiques de lanesthésie.24 Nous avons ainsi appris quenviron la moitié des anesthésies générales comportait un curare dans leur protocole, ce qui représentait 2,5 millions de patients exposés annuellement à un curare. La même année, le GERAP avait répertorié 220 cas danaphylaxie aux curares ; lincidence peut alors être chiffrée à 1/14 000. En fait, ce chiffre est sûrement sous-estimé puisque nous savons que 30 à 40 % des patients ayant fait une réaction anaphylactoïde ne sont pas testés et quil existe dautres centres diagnostiques en dehors du GERAP qui ne transmettent pas leurs données.16 On a considéré que le nombre réel danaphylaxies était probablement le double de celui publié par le GERAP, ce qui explique que le chiffre dincidence ait été extrapolé à 1/6 500. La réalité se situe probablement entre ces deux extrêmes, aux alentours dune réaction anaphylactique pour 10 000 anesthésies comportant un curare.
Lattention avait été attirée au début sur le suxaméthonium, tout au moins en France et au Royaume Uni, jetant un discrédit sur ce curare considéré comme le plus allergisant. En fait, actuellement ce risque est partagé par tous les curares puisque le déterminant allergénique est lié au radical ammonium quaternaire. Il existe une sensibilisation croisée chez la grande majorité des patients porteurs dIgE spécifiques de ce radical. Comme le suxaméthonium était à lépoque le curare injecté systématiquement pour lintubation trachéale, il nétait pas étonnant quil soit à lorigine de la majorité des cas publiés. Depuis, dautres curares ont été commercialisés et utilisés pour lintubation, et on a vu émerger des chocs anaphylactiques à ces nouveaux curares, alors que la fréquence des chocs au suxaméthonium diminuait.15,16 Ceci confirme que lanaphylaxie aux curares est une complication commune à tous les agents de cette classe pharmacologique, avec cependant quelques différences entre eux non rapportées à leurs parts de marché.17,18
Connaissant le risque allergique des curares, certes rare (1/10 000) mais potentiellement mortel, on se doit de tout mettre en
uvre pour léviter. La prévention par une prémédication antihistaminique et/ou corticoïde est totalement inefficace en matière danaphylaxie, donc constitue une fausse sécurité. Par ailleurs, on ne connaît pas de facteurs de risque de sensibilisation aux curares qui pourraient justifier la pratique de tests allergologiques avant une anesthésie, dautant que la valeur prédictive des tests allergologiques actuels na pas été étudiée dans la population en général.12 En fait, on ne sait toujours pas comment les patients se sensibilisent aux curares. Lexposition antérieure à ces agents napparaît pas comme un facteur obligatoire pour le développement dune sensibilisation puisque, suivant les séries, 17 à 50 % des patients ont fait une allergie à un curare lors de leur première anesthésie.16,19
Puisquil nexiste aucune prémédication pour prévenir la réaction et quon ne peut prédire les patients qui risquent dêtre sensibilisés aux curares (mis à part ceux qui sont déjà connus allergiques à un curare), la seule façon déviter une réaction allergique serait de ne pas utiliser de curare ..., ce qui est évidemment irréaliste. Donc, chacun se doit de réfléchir sur la place des curares dans sa pratique anesthésique, en particulier pour lintubation trachéale. Cette réflexion a été menée par la Société Française dAnesthésie-Réanimation lors de deux conférences de consensus25,26 qui ont abouti aux conclusions suivantes : « lassociation thiopental-succinylcholine reste le protocole de référence lors de linduction en séquence rapide »,26 « lintubation sans curare peut être proposée lorsque la curarisation nest pas nécessaire pour la chirurgie»,26 « lintubation sans curare est recommandée chez les patients allergiques aux myorelaxants».25 Savoir intuber sans curare demande malgré tout un apprentissage car les conditions dintubation et sa tolérance sont conditionnées par lassociation hypnotique-morphinique quil faut bien moduler.
Lapprentissage de chaque anesthésiologiste devrait aussi porter sur la prise en charge correcte dun choc anaphylactique car cest cela qui conditionne son évolution et la sécurité du patient. Le diagnostic nest pas toujours facile à faire, surtout si les manifestations cutanées sont manquantes. Cest ainsi que les signes sont parfois attribués à un défaut danesthésie ou danalgésie, à une intubation oesophagienne, un surdosage anesthésique, des interférences médicamenteuses, un choc cardiogénique ... autant derreurs diagnostiques à lorigine dun traitement mal adapté et de séquelles anoxiques définitives. Une illustration de la méconnaissance du choc anaphylactique par les anesthésiologistes a été apportée par une récente étude danoise :27 parmi les 42 anesthésiologistes seniors confrontés sur simulateur à un choc anaphylactique, aucun na fait le diagnostic dans les dix premières minutes et na institué le bon traitement, et seulement 25 % lont évoqué après 15 min, aidés par linstructeur. Cela prouve la nécessité dinclure dans les programmes de formation la prise en charge de ce type de choc et dafficher dans chaque bloc anesthésique la procédure de diagnostic et de réanimation dun choc anaphylactique.12
| Neuromuscular blocking drugs and allergic risk |
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The existence of allergies to NMBDs is no longer disputed nowadays.3 Although it was thought in the 1970s that anaphylactoid reactions to NMBDs could be explained by their pharmacological effect and that they could be prevented by antihistaminics,46 allergological investigations on patients quickly showed that most of these reactions were immunological, that they were mediated by specific IgEs and that no effective premedication existed.711
Starting in 1980, France, like Australia, New Zealand and the United Kingdom, developed an intensive policy of systematic allergological investigations of patients who had had peranesthetic anaphylactoid reactions. A nation-wide French network of allergo-anesthetic diagnostic centres was created, known as GERAP ("Groupe dÉtudes des Réactions Anaphylactoïdes Peranesthésiques" [Study Group on Peranesthetic Anaphylactoid Reactions]), which does coordinated work and uses the same methodology.12 The data are assembled and published every two years,1318 so that risk trends can be followed over the years. Approximately 9,000 patients have been tested by GERAP in 20 years. In half of these patients (4,313 cases), the reactions were found to have an immunological, IgE-dependent origin and the main agent responsible was a NMBD (2,944 cases). In each of the six GERAP investigations, NMBDs always played a dominant role, over 60%, in the anaphylactic shocks, which cant be compared with hypnotics (5%) or morphinics (3%).16
In Australia, the data base is derived solely from the Fisher and Baldo diagnostic centre,19 and involves patients from Australia and New Zealand. The data are also regularly published, but this has been done in cumulative form since 1974.20 Thus from 1974 to 2001, 1,580 patients were tested and 750 anaphylactic reactions were diagnosed, 59% of which were due to a NMBD (n = 441); (unpublished data; M. Fisher, personal communication). The proportion of anaphylactic cases related to the use of NMBDs is thus identical in Australia and France.
In the United Kingdom, approximately 1,000 patients were identified by the centralized collection system based in Sheffield between 1973 and 1992 (J. Watkins).21,22 This system receives blood specimens collected by anesthesiologists during the reactions. The assay results are analyzed in the light of the clinical files without the patients having been given anaphylactic skin tests. This different diagnostic approach makes a comparison with French and Australian data risky, especially as, because of the lack of coordination, the results have not been published since 1992.23
Thus, our knowledge of anaphylaxis during anesthesia is mainly based on data collected by French and Australian diagnostic centres. It is clear that, when these systems do not exist or there is no coordination, nothing is published on the subject except for isolated clinical cases or short series of cases over limited periods. This obviously does not mean that the risk of allergies only exists in countries which have established these monitoring networks. We can only find something if we look for it and anesthesiologists must be given the means to test their patients easily and reliably.
The incidence of NMBD anaphylaxis can only be assessed by calculating the number of anaphylactic cases documented allergologically, compared to the number of patients given NMBDs during the same period. Because this complication is rare, a large patient group is needed. The incidence has been calculated in France, using data from 1996,16 the year when the Société Française dAnesthésie-Réanimation [the French Anesthesiologists Society] carried out a nation-wide investigation of anesthesia practices.24 We thus found out that a NMBD is included in the protocol of approximately half of general anesthesias, which means that 2,5 million patients are exposed to a NMBD annually. The same year, GERAP identified 220 cases of NMBD anaphylaxis; the incidence therefore amounts to 1:14,000. In fact, this figure is certainly an underestimation, as we know that 30% to 40% of the patients who have anaphylactoid reactions are not tested and there are other diagnostic centres apart from GERAP, which do not forward their data.16 It is thought that the actual number of anaphylactic cases is probably twice the number published by GERAP, which explains why the incidence figure has been extrapolated to 1:6,500. The true situation is probably between these two extremes, with approximately one anaphylactic reaction for every 10,000 anesthesias using a NMBD.
Attention centered on suxamethonium to start with, at least in France and the United Kingdom, thus discrediting this NMBD, which is considered the most allergizing. In fact all NMBDs share responsibility for the risk, as the allergenic determinant is linked to the quaternary ammonium radical. The vast majority of patients who are carriers of the specific IgEs of this radical show crossed sensitization. As suxamethonium was used systematically for endotracheal intubation at the time, it is not surprising that it was behind most of the published cases. Other NMBDs have been marketed and used for intubation since then and anaphylactic shocks have appeared with the use of these new drugs, whereas the frequency of shock from suxamethonium has decreased.15,16 This confirms that anaphylaxis is a complication common to all the agents in this pharmacological class, although there are a few differences between them which are not in proportion to their market shares.17,18
As we are aware of the allergic risk of NMBDs, which is admittedly rare (1:10,000) but potentially fatal, we must do our utmost to avoid it. Antihistaminic and/or corticoid premedication is totally ineffective in preventing anaphylaxis and therefore only offers a feeling of false safety. In addition, we do not know of any risk factors for sensitization to NMBDs which could justify administering allergological tests prior to anesthesia, especially as the predictive value of current allergological tests has not been studied in the general population.12 In fact, we still do not know how patients become sensitized. Prior exposure to these agents does not seem to be necessary, as, according to the series, 17% to 50% of patients developed an allergy to a NMBD the first time they were anesthetized.16,19
As there is no premedication which can prevent the reaction, and as we cannot predict which patients risk being sensitized (apart from those who are already known to be allergic to a NMBD), the only way to avoid an allergic reaction would be to avoid using a NMBD..., which is obviously unrealistic. So everyone of us must think about the role played by NMBDs in his or her anesthetic practice, especially during tracheal intubation. This topic was considered at two consensus conferences held by the Société Française dAnesthésie-Réanimation25,26 which came to the following conclusions: "a thiopental/succinylcholine combination remains the reference protocol for rapid sequence induction",26 "intubation without the use of a NMBD can be suggested when a NMBD is not required for the surgery", 26 "intubation without a NMBD is recommended for patients who are allergic to muscle relaxants".25 However, it is necessary to learn how to intubate without NMBDs, as intubation conditions and tolerance to intubation are conditioned by the hypnotic/opioid association, which has to be adjusted properly.
Every anesthesiologist must also learn proper case management in the event of an anaphylactic shock, as this is what determines the patients evolution and safety. The condition is not always easy to diagnose, especially if there are no skin manifestations. Thus the signs are sometimes attributed to defective anesthesia or analgesia, an esophageal intubation, an overdose of anesthetic, drug interferences, a cardiogenic shock... all diagnostic errors which result in a poorly adapted treatment and lasting anoxic after-effects. An illustration of the failure of anesthesiologists to recognize anaphylactic shock was reported in a recent Danish study:27 out of 42 senior anesthesiologists confronted with an anaphylactic shock on a simulator, not one adopted this diagnosis or initiated the proper treatment during the first ten minutes and only 25% adopted the diagnosis after 15 min, when prompted by the instructor. This proves that we must include case management of this type of shock in training programs and shows that every anesthesiology department should post the procedure for diagnosing and resuscitating patients suffering from anaphylactic shock.12
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