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Canadian Journal of Anesthesia 53:529-531 (2006)
© Canadian Anesthesiologists' Society, 2006


Correspondence

Prise en charge de la douleur postopératoire au Togo : connaissance et attitude des prescripteurs

Aboudoul-Fatou Ouro Bang’Na Maman, MD*, Nassy Agbétra, MD*, Issifou Moumouni, MD*, Kadjika Tomta, MD* and Martin Chobli, MD PhD{dagger}

* CHU de Lomé Tokoin, Togo;
{dagger} CNHU de Cotonou, Bénin, Courriel : obaf2000{at}yahoo.fr

Au rédacteur en chef,

La douleur postopératoire est une réalité et constitue un problème de santé publique. Depuis bientôt une décennie, le souci d’accroître la puissance analgésique et de diminuer les effets secondaires des morphiniques a été à l’origine des concepts d’analgésie préventive et d’analgésie multimodale. Malgré les vifs succès qu’ont rencontré ces concepts dans les pays développés, la prise en charge de la douleur postopératoire reste insuffisante. L’objectif de notre travail est d’évaluer le niveau de connaissance et l’attitude pratique des prescripteurs face à la douleur postopératoire et à sa prise en charge au Togo.

Un questionnaire (TableauGo) a été adressé aux anesthésiologistes, aux chirurgiens et au personnel para-médical travaillant dans les services d’anesthésiologie et de chirurgie du Togo. Le grade du praticien (médecin, paramédical), son ancienneté dans la profession et l’institution dans laquelle il exerçait ont été décrits. Il s’agissait d’une enquête directe avec interview sur le terrain. Tous les centres hospitaliers disposant d’un service de chirurgie ont été inclus.


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TABLEAU Nombre de praticiens ayant répondu oui (x) par rapport au nombre total de praticiens ayant répondu à la question (y)
 
Au total 23 centres ont été visités et 114 praticiens ont pu être interrogés : trois anesthésiologistes, 29 chirurgiens, 46 techniciens supérieurs d’anesthésie-réanimation, 32 infirmiers diplômés d’État, quatre aides soignants. Ceci représentait 71,2 % de l’effectif attendu. Environ 50 % avaient une expérience professionnelle de moins de cinq ans. Environ 56 % des praticiens exerçaient dans les centres hospitaliers universitaires, 15 % dans les hôpitaux privés, et 29 % dans les hôpitaux publics périphériques. Parmi les répondants, 99 % pensaient qu’il est indispensable d’évaluer la douleur postopératoire. Alors qu’environ 24 % des praticiens évaluaient de façon systématique la douleur postopératoire, seuls 10 % utilisaient les outils de mesure classiques, les autres évaluant la douleur par des méthodes individuelles non conventionnelles (TableauGo). L’échelle visuelle analogique n’était utilisée que par les trois médecins anesthésiologistes exerçant au centre hospitalier universitaire. Les douleurs induites par l’adénomectomie et la césarienne étaient d’intensité modérée pour respectivement 34 % et 62 % des praticiens. Environ 24 % des praticiens interrogés pensaient que la douleur n’a pas de retentissement sur l’organisme. Alors que 91 % des praticiens pensaient qu’il existe des moyens de prévention de la douleur postopératoire, seuls 60 % débutaient cette prévention en peropératoire. L’analgésie multimodale était pratiquée par 51 % des praticiens. Le paracétamol était l’antalgique le plus utilisé (92 %) suivi du tramadol (70 %) et des anti-inflammatoires non stéroïdiens : 50 %. La buprénorphine (seul morphinique utilisé par les prescripteurs en postopératoire) et l’acide acétyl salicylique étaient les moins populaires (24 % et 11,4 % des praticiens, respectivement). La voie im reste préférentielle (46,5 %) suivie de la voie iv (45,7 %) et de la voie pr (1,8 %). Dans 51 % des cas il s’agissait d’une administration systématique et 69 % à la demande. Dans les services de 80 % des praticiens, il n’existait pas de protocole de prise en charge de la douleur postopératoire. Seuls 36 % des praticiens affirmaient avoir reçu une formation sur la prise en charge de la douleur postopératoire et ceci à partir des enseignements post universitaires. Enfin seulement 18,4 % des praticiens étaient satisfaits du traitement administré à leurs patients.

Ces résultats peu satisfaisants furent observés aussi au Maroc en 19971 auprès des anesthésiologistes de ce pays. Trois ans plus tard, l’attitude de ces derniers a nettement progressé. C’est ainsi que 39 % des anesthésiologistes marocains évaluaient la douleur postopératoire de façon systématique2 contre 24 % dans notre série. Dans 43 % des cas les prescriptions au Maroc étaient faites selon un protocole standard contre 20 % dans notre série. Ces différences sont probablement en rapport avec l’homogénéité de l’échantillon marocain qui n’est constitué que d’anesthésiologistes. La pénurie de personnel qualifié trouvera un début de solution avec la proximité de l’école de Cotonou3 qui forme des anesthésiologistes. La formation continue des différents prescripteurs et l’enseignement sur la prise en charge de la douleur dans les différentes écoles et facultés de médecine du Togo permettront d’améliorer les pratiques actuelles.

Footnotes

Acceptée pour publication le 7 février 2006.

Références

1 Miloudi Y, Haida F, Bouaggad A, Louardi L, Barrou L. Prise en charge de la douleur postopératoire au Maroc : l’attitude des anesthésistes (Lettre). Cah Anesthesiol 1998; 46 : 291–2.

2 Miloudi Y, Hmamouchi B, Barrou L. Attitude des anesthésistes marocains face à la douleur postopératoire. Ann Fr Anesth Réanim 2001; 20: 78–9.[Medline]

3 Chobli M, Ouro B, Brouh Y, Mongounou F, Béhiya G. Formation du personnel d’anesthésie en Afrique francophone au sud du Sahara : aspects actuels et perspectives d’avenir. Ann Fr Anesth Réanim 2002; 21: 423s (résumé).





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